Cet exemple comprend :
A. L'histoire elle même (ici présentée partiellement)
B. La liste des propriétaires ou occupants successifs
C. Le plan actuel de l'immeuble avec datation de chacun des bâtiments
Histoire d'une ferme en
Flandre
A. L'histoire
L'histoire de la maison et de ses occupants est en bleu et les éléments d'histoire locale en rouge.
La construction
Quand
débute la construction de la ferme, en 1710, la
région est française depuis 34 ans.
Par le Traité de Nimègue, qui a mis fin
à la guerre de Hollande, la France a obtenu la possession de
provinces comme l'Artois voisin ou la Franche-Comté, mais
aussi des places fortes en Flandre ou dans le Hainaut. Cassel, la ville
la plus proche, est ainsi devenue française en 1678.
Le propriétaire est le seigneur du lieu, le
baron de La Chapelle, qui
décide, à partir de 1706, de faire reconstruire
trois fermes sur ses domaines. Les constructions anciennes ont
vraisemblablement beaucoup souffert des combats fréquents
dans la région depuis 1639.
Le plan de la ferme est simple mais caractéristique de
l'architecture de la région : les bâtiments, qui
ne se touchent pas, sont
bas, seulement
surmontés de greniers, construits en
brique et tuiles rouges, et disposés
en U. Le logis occupe le fond de la cour et les granges,
étables et annexes se partagent les deux autres
côtés.
Elle est orientée au sud pour que la façade de la
partie habitée par les paysans reçoive le soleil.
Si les plans ont, semble-t-il, été
établis par un professionnel (ils sont
précis et côtés) celui-ci ne va pas
être chargé de l'ensemble de la construction. Sous
l'Ancien-régime, les paysans doivent des "jours de
corvée" au seigneur qui possède les terres sur
lesquelles ils vivent. Depuis 1681, ils sont, en principe,
limités à 10 jours dans l'année, mais
comme bien des décisions royales, celle-ci n'est pas suivie
d'effets dans les provinces éloignées de Paris.
Par conséquent, le baron du lieu va utiliser cette pratique
pour faire édifier la ferme. C'est sans doute pour cette
raison que trois ans vont s'écouler entre la pose de la
première pierre et la fin des travaux. Seule la charpente
est l'oeuvre d'un artisan local qui toutefois reçoit pour
travailler, du bois abattu dans les forêts seigneuriales
quelques
années plus tôt, à l'occasion d'autres
corvées.
Les
premiers occupants, fermiers du seigneur
(...)
La
Révolution et l'achat de la ferme
La vie se poursuit normalement pour la famille.
Mais en 1790, le seigneur du lieu, noble, émigre et
abandonne ses biens en France.
Les fermiers demeurent dans la ferme et y vivent assez bien puisqu'ils
ne doivent plus payer les différentes taxes et
impôts qui lui étaient dus. Pierre Begue,
prévoyant, parvient même, d'après des
écrits
postérieurs, à mettre de l'argent de
côté.
En janvier 1792, est évoquée à
l'Assemblée la question des biens des
émigrés. Réticents, les
députés refusent d'abord l'appropriation par la
Nation de biens privés, puis en février, en
votent
la mise sous séquestre. Enfin, le 30 mars, est
décidée la confiscation des biens des nobles
absents de France depuis le 1er juillet 1789. Dans les campagnes, des
jacqueries éclatent et les châteaux et
propriétés seigneuriales sont pillées.
Dans le nord de la France, on est davantage
préoccupé par la déclaration de guerre
à l'Autriche du 20 avril, et les troubles sont
limités. La ferme ne subit aucun dommage.
Le 27 juillet 1792, la vente des biens des
émigrés au profit de l'Etat est
décidée. Les Autrichiens sont aux
frontières et l'Assemblée décide de
faire payer les frais de la guerre par ceux qui en sont, selon elle,
responsables.
Pierre Begue songe, dès qu'il a connaissance de ce texte,
à
l'achat de la ferme, il le raconte dans une lettre de 1807. Les ventes
de biens d'Eglise l'année
précédente, ont été
réalisées à bas prix, tout comme
celles des biens royaux, il peut donc espèrer
réunir la somme. Alors que la guerre est à
quelques dizaines de kilomètres, le siège de
Lille commence en septembre, il multiplie les démarches pour
obtenir du travail supplémentaire. Ses deux fils sont
à la guerre, ses six filles travaillent donc davantage. Un
courrier qu'il adresse à son oncle à Dunkerque,
en octobre, nous permet d'apprendre ainsi qu'il a envoyé ses
filles, y
compris la plus jeune qui a 10 ans, se placer dans les villes voisines
pour disposer de plus d'argent le moment venu. De même, il se
propose pour remplacer les hommes plus jeunes, partis pour
l'armée, dans les fermes environnantes. Sa femme, qui vient
d'avoir un bébé, se rend à Calais
où elle trouve une place de nourrice dans une famille
bourgeoise. Il cherche encore à
négocier les quelques objets précieux qu'il
possède. En agissant ainsi, il se montre
particulièrement
avisé et fait montre d'un esprit d'entreprise surprenant
chez un
homme de cette époque.
Le 25 juillet 1793, est décidée, par la
Convention, la vente
des biens des émigrés.
Le texte prévoit la division en lots ne
détériorant pas les corps de ferme. Certaines
ventes commencent dès l'été.
La ferme qui nous intéresse, fait, quant à elle,
partie d'une vente qui a lieu en septembre. Pierre Begue
se rend à Cassel pour y assister. Il pense en revenir le
soir,
mais les ventes sont nombreuses et prennent beaucoup de temps, il y
reste deux jours. Quand il est de retour, il a pu acheter non seulement
la
ferme et les terres qu'il cultive mais aussi quelques arpents
supplémentaires.
De la
Révolution à la Grande Guerre
(...)
D'une guerre
à l'autre : de 1914 à 1945
(...)
Depuis 1945, la
culture continue !
Edouard Begue qui n'avait plus donné de
nouvelles depuis 2
ans, revient en 1945, après s'être
caché un temps
dans un maquis du sud, mais Henri ne rentre pas de son camp de
prisonnier, et son
décès n'est considéré comme
officiel
qu'à partir de 1953.
Edouard, comme son père en 1920, tente d'obtenir une
indemnisation pour l'occupation par les troupes anglaises en 1940 mais
sa demande n'aboutit pas.
Il s'installe avec sa mère et ses soeurs dans le logis
ancien.
En 1946, il se marie avec une jeune fille d'Hazebrouck, Suzanne
Debaene. De cette union naissent 5 enfants, Jean en 1947, Pierre en
1948, Renée en 1951, Marie-Claire en 1952 et Guy en 1954.
Quand Céline l'une de ses soeurs se marie, en 1947, elle
s'installe avec son mari dans la petite maison des cousins repartis
depuis bien longtemps à Lille. Elle y reste jusqu'en 1950,
date
du mariage de sa soeur jumelle, Suzanne, qui a son tour y vit quelques
années avec sa famille.
En 1956, la petite maison est abandonnée et va demeurer
inoccupée jusqu'en 1967.
La même année, Edouard fait construire un nouveau
hangar,
à la place de celui édifié en 1928 qui
a
été très abîmé
lors d'une
tempête.
En 1959, une salle de bains est installée dans le logis
ancien
et la maison totalement recloisonnée, des chambres sont
même aménagées dans le grenier.
L'electricité est désormais disponible dans
toutes les
pièces de la maison et même dans la laiterie.
Jean, le fils aîné, choisit d'entrer en religion,
c'est
donc Pierre qui à compter de 1965 vient rejoindre son
père sur l'exploitation.
En 1966, il se fiance avec Marie-Anne Jeanjean et entreprend
à
ses moments perdus de restaurer la petite maison et d'y installer le
confort moderne. L'année suivante, il s'y installe
après
son mariage.
En 1975, Edouard décède, sa femme se trouve seule
dans le
logis ancien et Pierre s'y installe avec sa famille. Il ajoute sur la
façade nord, donc à l'arrière de la
maison, un
corps de bâtiment auquel on accède par une porte
ouverte
dans le mur de la salle de séjour et y installe une chambre
qui
est occupée par sa mère. Le couple et leurs
enfants, Eric
né en 1967, Philippe né en 1968, Sylvie
née en
1970 et Claire née en 1972, occupent les autres chambres
créées quelques années plus
tôt dans le
grenier.
Bien plus tard, en 1990, Charles Begue, le prêtre oncle de
Pierre, s'installe dans la petite maison avec Renée sa
nièce. Pour la rendre plus confortable,
la
pièce arrière du rez-de-chaussée est
aménagée en chambre.
En 1999, suite à la violente tempête du 31
décembre
le hangar construit en 1956 est détruit ainsi qu'une grande
partie des toitures des bâtiments de la ferme ancienne.
Le hangar est alors abattu et remplacé par une construction
plus
solide, et les toîtures réparées en
2000.
Quand en 2001, Charles meurt à 88 ans, la petite maison est
transformée en chambre d'hôtes par Philippe, qui
vient de
prendre la succession de son père, retiré
à Cassel
avec sa femme.
Dans le logis ancien, la salle de séjour devient la salle
à manger des visiteurs et on y ré-installe la
vaste table
d'autrefois qui avait été entreposée
dans la
grange en 1944.
Charles Begue et sa femme, Sophie Martin, représentent la
12e
génération de la même famille
à habiter la
ferme. Le nom a évolué au fil du temps, il est
passé de Beek à Beck puis à Begue et
même un
temps à Beggue, mais ce sont bien les descendants de Pier
Beek,
fermier du baron de La Chapelle en 1713, qui continuent à
travailler
les mêmes terres et à habiter le même
lieu. Philippe
Begue a deux fils, l'un d'entre eux choisira peut-être dans
quelques années de venir prendre sa succession...
B. Liste des occupants successifs
Pier
Beek
1681-1718
Pier dit Pierre Beck
1706-1763
Jean Beck
1730-1788
Pierre Begue
1751-1813
François Begue
1774-1832
Léon Begue
1806-1879
Jean Beggue
1830-1916
Léonard Begue
1855-1918
Les patronymes ont
été modifiés à la demande
de la famille.